04.01.2007
A la recherche d'une bonne preuve
Pour commencer, je propose que nous réfléchissions aux preuves de l’existence de Dieu, selon les deux modèles de pensée théologique que j’avais décrits dans Foi et Raison 4.
Interrogeons-nous d’abord sur les preuves de type « catholique », autrement dit celles qui supposent que l’existence de Dieu n’est pas une évidence première de la pensée, mais qu’elle doit être établie au terme d’un cheminement rationnel plus ou moins long.
Je suggère que nous procédions comme suit : Pour chaque preuve, je donne une première version. Vous la commentez, et nous essayons d’établir son degré de plausibilité, de repérer ses éventuelles failles, etc.
Théonas
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02.01.2007
2007
FELIX SIT VOBIS ANNUS NOVUS !
“Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo”
Théonas
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23.12.2006
LE GOUVERNEMENT NE SERT A RIEN
Depuis de longues années, les hommes politiques français ont renoncé à gouverner.
La preuve ? La voici.
Gouverner, c'est affronter les difficultés, et les surmonter par l'action. C'est produire des changements visibles, mesurables, engager des réformes ayant des conséquences réelles
Or que se passe-t-il ?
Prenons les grands objectifs proclamés par nos gouvernements (ce qu'ils appellent des « priorités ») : la sécurité, le plein emploi, l'éducation, la réforme de l'Etat.
Sur ces quatre sujets l'activisme est effréné, -et les résultats quasi négligeables. Les annonces -le plus souvent délirantes- se succèdent sur un rythme infernal. Leur déconnexion totale avec la réalité semble désormais un fait acquis, voire une norme. Plus personne ne s'en étonne. Disons, pour résumer, que toutes les actions du gouvernement sont d'un facteur 10 au-dessous du niveau pertinent. A mesure que l'horizon réel des hommes politique se rétrécit (environ une quinzaine de jours), les horizons qu'ils dépeignent dans leurs discours prennent des allures eschatologiques. Nos gestionnaires du jour le jour donnent l'impression d'avoir des décennies devant eux. Toute mesurette s'inscrit ainsi dans un Plan d'accélération, qui, vus les chiffres, suppose implicitement un déroulement sur 50 ans ! A l'heure où tout n'est plus que tactique de com', tout est « stratégie », jusqu'aux économies de bout de chandelles de l'Etat, baptisées comiquement « stratégies ministérielles de réforme ». A l'heure de la mini-politique et des résultats liliputtiens, tout est « grand » : « Grand Débat », « Grand Plan », « Grande Loi ». D'ailleurs, les simples lois ont disparu : il s'agit désormais de « Loi d'Orientation ». Le désir les démange de ne plus faire que des Lois Organiques.
Quelques exemples : on annonce que le plein emploi est un objectif crédible. Mais que se passe-t-il ? Depuis 15 ans, le chômage ne descend pas en dessous de 10% de la population active. Aucune des politiques efficaces disponibles n'est appliquée. Elles ont pourtant fait leurs preuves à l'étranger, mais on leur préfère des solutions mi-chèvre mi-chou, qui n'apportent guère de résultats. On assiste alors au spectacle le plus désolant du monde : des disputes byzantines pour savoir si les 150 000 (à 300 000 selon les estimations) emplois créés entre 1997 et 2001 l'ont été grâce aux 35 heures ou grâce aux baisses de charges. Fort bien, mais la France compte 3 millions de chômeurs. L'ordre de grandeur n'est pas le bon. Et, curieusement, depuis que la croissance internationale a reculé, plus aucune des mirifiques potions de nos gouvernants n'a la moindre efficacité. Dès lors, ces disputes ressemblent aux querelles de fous qui videraient l'océan, -l'un avec une cuillère à moka et l'autre avec une cuillère à soupe !
La sécurité ? Rappelez-vous 2002 ! On allait voir ce qu'on allait voir ! Les mânes de Fouché, Cavaignac et du bon Ponia semblaient flotter sur la France. « Restauration de l'Autorité », « la Loi et l'Ordre », « Tolérance Zéro ! » Trois ans plus tard, on en est réduit à présenter comme un triomphe une baisse des crimes et délits de 3,38% en 2003 et de 3,7% en 2004.[1] Que, dans le même temps, les agressions physiques aient crû de 7,5%[2] ne semble émouvoir personne...Lorsqu'on évoque la sécurité, on se réfère souvent à la ville de New York ; mais dans ces contrées lointaines, on commence à parler d'efficacité lorsqu'on enregistre une baisse de 25%, voire 50% des faits constatés.
En réalité, le maître à penser de nos gouvernants, c'est le Général Mangin et sa célèbre phrase : « je les grignote, Monsieur le Président, je les grignote ».
Car ne nous leurrons pas, les succès de nos politiques ont l'épaisseur du trait. Ils sont du même ordre de grandeur que la marge d'erreur des calculs.
La réforme de l'Etat peut en fournir une autre illustration, particulièrement burlesque.
A écouter le Président de la République, rien n'est plus urgent, plus salutaire, que la décrue des dépenses publiques et le recouvrement par l'Etat de sa « souveraineté budgétaire ». Bigre ! Le Premier Ministre a donc fixé, dans ses « lettres de cadrage » pour 2004 un objectif à ses ministres : le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans la fonction publique de l'Etat. Rappelons qu'une telle règle, pour déployer des effets significatifs devrait rester en vigueur une dizaine d'années (chose fort peu plausible) : elle se traduirait alors par une diminution d'environ 400 000 fonctionnaires (ce qui, sur un total de 5,5 millions soit 25% de la population active, ne paraît pas démesuré). Eh bien qu'en est-il ?
Oh, rien que de très normal ! Les règles ont été appliquées « à la Mangin » : de 1 sur 2 on est passé à 1 sur 12 ! Et il s'agit là de chiffres officiels...Il faut d'ailleurs ajouter que cette baisse (de 7 000 unités) est inférieure à la marge d'erreurs de l'Etat dans le calcul du nombre de fonctionnaires. Toujours le même problème d'ordre de grandeur. On comprend dès lors que nos princes soient si attachés à peindre de grandes perspectives d'avenir : notre politique infinitésimale a naturellement le goût des asymptotes. Et qui osera dire que voir à trois cents ans n'est pas de la stratégie !
Armés de leur petite cuillère et de leur grande machine à dégoiser, les hommes politiques cherchent donc à exister. Ils ne cessent d'inventer des bidules pour s'occuper : des plans de simplification de ceci, des stratégies de progression de cela ; on réécrit les formulaires, on traduit le langage administratif en langage des banlieues, on s'occupe de compter les écureuils et les limaces dans les jardins publics, on veille au développement durable de la biosphère, on s'intéresse à l'égalité dans le partage des tâches ménagères, on lutte contre l'exclusion des sourds, on pleure à temps plein sur les victimes en tous genre, on se penche sur les homosexuels, on crée des observatoires de toutes choses, et des Hauts Conseils qui rappellent curieusement les « Elévations sur les Mystères » de Bossuet.
Enfin on s'occupe. On barbotte.
Il faudrait aussi traiter de l'éducation, mais là, l'envie de rire n'est même plus de mise.
Les problèmes sont connus : le niveau des enfants en fin de CM2 est aujourd'hui inférieur à ce qu'il était en 1925. Aucune explication par la massification n'est ici valable puisque le primaire était massifié à cette époque. Par ailleurs, en 1950 environ 25% des élèves des grandes écoles (X, ENS, ENA, HEC) étaient issus de familles modestes. Aujourd'hui : 5% ! Entre les deux : Bourdieu. Les réformes égalitaristes du système scolaire -crime inexpiable de la gauche, qui a trahi sa mission historique- ont vidé l'enseignement de son contenu et de ses exigences, au profit des familles fortunées. C'est ainsi.
Ouvrons maintenant la Loi « d'orientation » de M. Fillon.
L'exposé des motifs vaut déjà son pesant de cacahuètes : « il est temps de donner à l'école un nouveau souffle, de mobiliser l'ensemble de la communauté éducative autour de l'objectif qu'a dégagé la Commission du grand débat national sur l'avenir de l'école ».
Attention, roulement de tambour...Quel est cet objectif ?
Réponse, après des mois de réunionite : « Assurer la réussite de tous les élèves » ! (Question à dix sous : quel était l'objectif de l'école avant que ne soit donné ce « nouveau souffle » et fixé cette nouvelle ambition ?).
Mais venons-en à la loi elle-même.
D'abord (chapitre 1er), un grand moment de chamanisme : « la Nation fixe comme mission première à l'école de faire partager aux élèves les valeurs de la République ». Très beau. Au passage, on remarquera qu'une loi censée recentrer l'école sur le savoir commence par fixer un objectif idéologique...
Ensuite, cela continue dans le grandiose : « la Nation fixe au système éducatif l'objectif de garantir que 100% des élèves aient acquis au terme de leur formation scolaire un diplôme...et d'assurer que 80% d'une classe d'âge accède au niveau du baccalauréat. » Mais pourquoi pas 100% au Bac ? Tant qu'à décrire le paradis, autant le faire complètement...On s'imagine en tout cas les « sans-diplôme » appeler les gendarmes pour faire appliquer la loi !
La description du paradis sur terre continue dans l'article 4 : « la formation scolaire doit sous l'autorité des enseignants et avec l'appui des parents, permettre à chaque élève de réaliser le travail nécessaire tant à la mise en valeur de ses qualités personnelles et de ses aptitudes qu'à l'acquisition des connaissance et de la culture générale et technique qui seront utiles à la construction de sa personnalité, à sa vie de citoyen et à la préparation de son parcours professionnel. » Ouf ! tout est dit. On a juste oublié le nécessaire respect des règles du développement durable. Mais bon, une « grande loi d'orientation » sur ledit développement viendra sûrement modifier cet article défectueux.
On passe ensuite aux choses sérieuses (art.6) : les « contenus ».
On apprend donc que de par la loi, la scolarité obligatoire doit désormais garantir : « la maîtrise de la langue française ; la maîtrise des principaux éléments de mathématiques ; une culture humaniste et scientifique permettant l'exercice de la citoyenneté ; la pratique d'au moins une langue étrangère ; la maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication. »
En gros : lire, écrire, compter, réciter une fable de la Fontaine et baragouiner trois mots d'anglais. Quoi de neuf ? Une chose : savoir tapoter sur son ordinateur est désormais considéré comme une compétence de base. Gros bonus démagogique, puisque si les jeunes savent faire une chose sans aller à l'école, c'est bien cela. Là derrière, il y a surtout l'entrée de Microsoft dans les écoles et de gros contrats sur fonds publics à la clef.
A noter parmi les « dispositions administratives » l'intéressante création d'un « Haut Conseil de l'éducation » –dont l'utilité essentielle sera de servir de fromage aux malheureux du suffrage, aux éclopés du remaniement.
On apprend ensuite que les élèves en difficulté pourront avoir le droit à un « contrat de réussite éducative », qui, comme son nom l'indique, mettra fin à leur échec. Mais la loi ne dit pas de quoi il s'agit. La loi dispose ensuite qu'en plus des arts plastiques, de l'informatique et de la musique, l'école primaire devra enseigner aussi les langues étrangères (!). La loi ne dit pas s'il est prévu de garder un peu de temps pour l'enseignement de la lecture.
On apprend enfin que le Brevet des collèges aura pour fonction de vérifier que les adolescents savent lire, écrire, compter, jouer avec un ordinateur et s'exprimer un peu en anglais avant d'entrée au lycée... Autant dire qu'il s'agit d'entériner le déplacement du Certificat d'études primaires de la fin du CM2 à la fin de la 3ème. En ce sens, cette loi, qui ne prend aucune mesure susceptibles d'améliorer la situation que nous constations plus haut, répond à son objectif réel, avoué dans le rapport annexé : « répondre[3] aux évolutions de la société française et de l'école depuis ces quinze dernières années ». A savoir : entériner la baisse continue des performances du système éducatif.
Nous assistons, remarquons-le au passage, à la droit-de-l'hommisation de la Loi. De quoi s'agit-il ? C'est très simple : les lois sont de moins en moins normatives. Tout comme les droits de l'homme, qui ne sont pas de vrais droits, elles énoncent désormais des vœux pieux. Il ne s'agit plus d'inscrire dans la réalité des dispositions que la force publique pourrait faire respecter en cas de contravention ; non, il s'agit désormais de déclarer solennellement des principes sacrés, des objectifs idéaux, des ambitions planétaires, des aspirations métaphysiques, des obligations biosphériques...
Le nom technocratique de ce nouveau chamanisme, c'est l' « orientation ». Les lois ne s'appliquent pas, elles indiquent le discours correct à tenir sur la direction que prend le régime. C'est, sur le mode comique, le même fonctionnement qu'en Union Soviétique dans les années soixante-dix, où il fallut changer la constitution pour l'adapter à la marche triomphale du pays vers le communisme imminent. Désormais, le discours correct, « bien orienté », sur l'école, c'est donc : « 100% de réussite ». Qu'on se le dise ! On peut regretter qu'à la différence des soviétiques, nous n'ayons pas conservé ce petit hommage du mensonge à la vérité, qui consistait à ne jamais écrire 100%, mais toujours 98,7, ou 99,1...
Mais alors que font les hommes politiques ?
Poser cette question, c'est voir s'ouvrir un abîme.
Ils exercent un métier, qui consiste à se faire élire, puis nommer, puis réélire, et ainsi de suite indéfiniment. Certains arrivent dans le système pleins d'illusions, sincèrement soucieux de l'intérêt général, mais très vite la vérité les détrompe. Il reste alors à « exister », c'est-à-dire à faire parler de soi dans les journaux ou -suprême degré d'existence- à la télévision, si possible dans des émissions people où l'on parle de tout sauf de politique (Mireille Dumas, Laurent Ruquier, Michel Drucker...). Comment y parvenir ? Il n'y a au fond qu'une seule méthode : puisqu'il faut faire voir sa bobine sans faire baisser sa cote dans Paris-Match, il convient d'abord de ne rien bousculer. De ne fâcher personne. Bref, de se jeter dans un activisme consensuel à base de bidules. Dès lors, tout se passe bien, vous êtes un bon ministre. Le paradigme absolu du bon ministre, c'est évidemment Jack Lang. Autrement dit, il faut parvenir à conjuguer démagogie, création de clientèle massive, arrosage des journalistes, valeur ajoutée « politiquement correcte » et sourire ultra bright. Croit-on que le niveau culturel moyen ait augmenté en France après son passage ? Personne n'oserait l'affirmer sans pouffer de rire.
Alors à quoi sert un ministre de la culture ? Eh bien, comme les autres, mais d'une manière à la fois plus voyante et plus inattaquable : à rien.
[1] Soyons justes : cette baisse globale comprend une réduction de 15% des cambriolages et des vols de voitures. Le perfectionnement des systèmes de sécurité n'y est peut-être pas pour rien... De 2002 à 2004, on est ainsi passé de 2,31 millions à 1,93 millions de « crimes et délits d'appropriation crapuleuse ».
[2] De 2000 à 2003, on est passé de 267 772 à 321 000 faits de « violences physiques crapuleuses, violences physiques non crapuleuses et violences sexuelles »
[3] Une étude des principaux verbes employés par le discours politique français contemporain révélerait la nature profonde de l'activité politique : il s'agit toujours d' « accompagner », de « répondre à », de « relever des défis », de « participer d'une dynamique ». Verbeux paravents qui ne cachent qu'un seul verbe : entériner.
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